Changement climatique et impact sur les communautés du bassin du lac Tchad: pauvreté et insécurité alimentaire
A l’occasion du lancement officiel de ses activités de l’année 2024, l’association Sahel Dev Cameroun a organisé un webinaire d’envergure le 17 février, consacré à une problématique majeure pour l’Afrique centrale et sahélienne : Le changement climatique et ses impacts sur les communautés du bassin du lac Tchad, notamment en matière de pauvreté et d’insécurité alimentaire. Cette rencontre virtuelle a rassemblé des experts, des acteurs de la société civile, des étudiants, des représentants communautaires et autres participants autour d’un objectif commun, celui de comprendre d’une part les défis environnementaux actuels que subit l’Afrique et en particulier le névralgique bassin du lac Tchad identifier des solutions durables adaptées aux réalités locales d’autres part.
En effet, le bassin du lac Tchad constitue l’un des écosystèmes les plus stratégiques d’Afrique. Sa position stratégique à la croisée du Cameroun, du Tchad, du Nigéria et du Niger, il joue un rôle important voire vital pour des millions de personnes dont les moyens de subsistance tournent autour et dépendent essentiellement de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. Malheureusement, cet espace vital et stratégique est aujourd’hui fragilisé par des pressions climatiques, environnementales et socio-économiques sans précédent. Tous ceux-ci sont des leviers qui impulser l’organisation d’un tel échange. De manière approfondie, nous revenons sur les grandes lignes abordées lors de ce webinaire.
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Le bassin du lac Tchad : un espace stratégique aux multiples enjeux
Le bassin du lac Tchad couvre une superficie estimée à plus de 2,5 millions de kilomètres carrés et touche principalement quatre pays à savoir le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Nigéria. Cet espace transfrontalier abrite une grande diversité d’écosystèmes notamment les zones humides, les plaines inondables, les savanes arbustives et les terres agricoles.
Une importance géographique et écologique majeure : Le lac Tchad est historiquement l’une des principales sources d’eau douce de la région et de l’Afrique. Il soutient l’irrigation des cultures vivrières (le mil, le sorgho, le maïs, le riz, etc…) et est une source pour l’abreuvement du menu bétail et pour les activités halieutiques. Nous avons aussi les zones humides associées au lac qui constituent également un refuge pour de nombreuses espèces animales et végétales jouant ainsi un rôle essentiel dans la conservation de la biodiversité sahélienne et dans la régulation des cycles hydrologiques.
Une région vulnérable et densément peuplée : le bassin est fortement marqué par des perturbations écologiques avec des conséquences immédiates sur la sécurité alimentaire et par ricochet la stabilité sociale. Cette situation impacte sur les millions de personnes vivent dans le bassin du lac Tchad. Ces populations sont en grande majorité rurales et dépendent directement des ressources naturelles pour leur subsistance.
Lors du webinaire, les intervenants ont souligné que la dépendance quasi exclusive aux ressources naturelles rend les communautés particulièrement vulnérables face à la décadence et au choc climatique qui sévis dans cette zone
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Les manifestations des changements climatiques dans le bassin du lac Tchad
Les changements climatiques ne sont plus une hypothèse abstraite pour les populations du bassin du lac Tchad mais une réalité qui se vit au quotidien. Elle se manifeste à travers :
La désertification et la dégradation des terres : L’un des phénomènes les plus visibles est l’avancée du désert entrainant ainsi la réduction du couvert végétal. Les sécheresses répétées ont pour conséquences la perte de fertilité des terres, l’érosion éolienne et hydrique et surtout la baisse des rendements agricoles. La dégradation des terres réduit les capacités productives des communautés locales et accentue la précarité et la paupérisation de ces dernières.
La diminution et la raréfaction des ressources en eau : Au cours des dernières décennies, le lac Tchad a connu une réduction spectaculaire et drastique de sa superficie estimée à 90% (de 25.000Km2 à 2.500Km2). Les variations pluviométriques, l’augmentation des températures et les prélèvements non régulés d’eau pour l’irrigation contribuent fortement à cette situation rendant de plus en plus vénérables les populations. Sur le terrain, la diminution et la raréfaction des eaux entraine généralement des conflits entre agriculteurs, éleveurs et pêcheurs dû à la baisse des productions agricoles et halieutiques suivi d’une insécurité accrue pour les ménages qui dépendent de ces activités.
La perte généralisée de la biodiversité : Le changement climatique perturbe les habitats naturels et fragilise les espèces locales. La disparition progressive de certaines espèces animales et végétales affecte l’équilibre écologique et réduit les ressources disponibles pour les populations.
Impact sur les communautés : pauvreté et insécurité alimentaire
L’un des points centraux du webinaire a été l’analyse de l’impact ou des conséquences sociales et économiques des changements climatiques sur les communautés dudit bassin :
L’aggravation de la pauvreté : La baisse des rendements agricoles et la diminution des ressources halieutiques entraînent une chute drastique sur revenus des ménages. Ainsi, les familles sont contraintes de réduire leur consommation alimentaire entrainant la famine ; Elles sont obligées de vendre leur bétail pour subvenir aux besoins de la famille qui généralement est nombreuse ; elles retirent les enfants du milieu scolaire pour les impliquer dans des activités génératrices de revenus espérant combler le manque qui devient de plus en plus croissant. Une fois le cercle vicieux de la pauvreté installé, l’insuffisance des ressources signifie moins d’investissement dans l’éducation, dans la santé et dans les pratiques agricoles.
L’insécurité alimentaire croissante : Elle se manifeste essentiellement par la réduction du nombre de repas quotidiens ; la routine alimentaire marquée par la non diversification des aliments dans la consommation ; l’augmentation des cas de maladies hydriques et celles liées à la malnutrition observée chez les enfants et les femmes enceintes. L’instabilité climatique répétée rend les récoltes imprévisibles et très instables. Les populations riveraines vivent dans une incertitude permanente quant à leur capacité à subvenir à leurs besoins alimentaires.
Les tensions sociales et les déplacements accrus : Pour la plupart du temps, la pression sur les ressources naturelles entraine des conflits locaux entre agriculteurs, éleveurs et pêcheurs. La raréfaction des terres cultivables et des points d’eau alimente les tensions communautaires à haut niveau entrainant parfois des affrontements meurtriers. Par ailleurs ces tensions contraint les familles de migrer vers d’autres zones entrainant parfois des crises humanitaires.
Des solutions locales et durables comme stratégies d’adaptation et d’atténuation
Face à ces défis, plusieurs solutions locales et durables ont été proposé :
La gestion durable des ressources naturelles : La gestion intégrée du sol et des ressources en eau est l’une des solutions essentielles. Elle est possible à travers la restauration des terres dégradées ; la mise en place de techniques antiérosives ; la protection des zones humides et l’implication des communautés dans la planification et la gestion des ressources naturelles. En effet, une approche participative permet d’assurer l’adhésion et l’appropriation locale des initiatives.
L’agroforesterie comme levier de la résilience : L’agroforesterie est une pratique qui combine à la fois cultures agricoles et arbres. Cette pratique présente plusieurs avantages. Elle favorise l’’amélioration de la fertilité des sols ; elle protège contre l’érosion ; elle favorise la séquestration du carbone. En effet, les arbres contribuent à créer un microclimat favorable et à stabiliser les sols, tout en fournissant des produits complémentaires (fruits, bois, fourrage).
L’irrigation intelligente et les technologies adaptées : L’adoption de systèmes d’irrigation économes en eau (goutte-à-goutte, récupération des eaux de pluie) permet d’optimiser l’utilisation des ressources hydriques. Les intervenants ont également évoqué l’importance des semences sélectionnées et résilientes à la sécheresse. Par ailleurs, l’innovation technologique reste un moyen efficace comme les prévisions météorologiques accessibles aux agriculteurs ; la mise à leur disposition des outils numériques d’alerte précoce. Cependant, elle doit rester adaptée aux réalités socio-économiques locales.
La collaboration multi-acteurs : Aucun acteur ne peut, seul, résoudre les défis climatiques dans bassin du lac Tchad. Raison pour laquelle les intervenants en appellent à une collaboration entre les gouvernements nationaux, les collectivités territoriales, les ONG, les institutions de recherche, les partenaires techniques et financiers et les communautés locales. Les communautés locales jouent un rôle important dans la recherche des solutions locales et durables. Leur savoir traditionnel constitue une ressource précieuse pour développer des stratégies adaptées. La participation active des femmes et des jeunes est également essentielle dans ces processus, car ils sont souvent en première ligne face aux impacts climatiques.
Une session interactive et perspectives de Sahel Dev Cameroun
La clôture du webinaire a été marquée par une session interactive au cours de laquelle les participants ont partagé leurs expériences et posé des questions aux intervenants. Cette dynamique participative a illustré la volonté collective d’agir et de transformer les défis climatiques en opportunités de développement durable.
À travers ce webinaire, Sahel Dev Cameroun réaffirme son engagement en faveur de :
- La sensibilisation aux enjeux climatiques
- Le renforcement des capacités locales
- La promotion de pratiques durables
- La mobilisation des jeunes autour des questions environnementales
L’organisation entend poursuivre ses actions de formation, de plaidoyer et d’accompagnement des communautés dans le bassin du lac Tchad.

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